Antoine Dubroux
Bio
ANTOINE DUBROUX
Antoine Dubroux est photographe – auteur, clown. Photographe depuis toujours, il obtient son CAP en 1980, il poursuit son apprentissage auprès de photographes de nature morte puis de mode. Il commence sa vie professionnelle en se spécialisant dans la photographie enfantine, collabore avec la presse, la mode et la publicité. Il admire Richard Avedon et Irving Penn. Sa rencontre avec le monde du cirque lui ouvre de nouveaux horizons. Il invite jongleur, contorsionnistes, trapézistes … à passer devant son objectif, Gens de Cirque. Son attirance pour l’univers circassien le mène sur la piste. Il devient porteur aérien, participe au show commémoratif pour le centenaire du Belem. En 1997, il crée avec sa compagne Véronique Stekelorom, leur compagnie de spectacle vivant, L’éPATE en L’AiR CIE. Suivront une dizaine de créations jouées en France et à l’étranger. En 2011, le clown vient à lui comme une évidence, il se forme avec Gilles Defacque et Alain Gautré. Il invente des spectacles et présente des cabarets avec son personnage de M. Antoine. Il décline sa passion du clown en images : Tronches de clown, participe à « Les clowns font leur cinéma » au pôle cirque de Bourg St Andéol. Il imagine des dispositifs photographiques pour l’espace public comme Art de Toi, Pile ou Farce, Buuut ! Il passe de l’image fixe à l’image animée, réalise de courts portraits de clowns, Flip Clown, et aussi des captations de spectacles, des teasers pour des artistes amis. Il intervient auprès de collégiens, lycéens, jeunes en situation de handicap avec des projets combinant corps et images, Jeux de mains, Monstre et Cie. Il est artiste associé à un hôpital psychiatrique en Essonne, y crée un laboratoire photographique argentique. Il va à la rencontre du personnel et des patients avec un studio itinérant pour réaliser des portraits, La mèche du pigeon. En 2023 il réalise un premier documentaire autour du mouvement dans deux établissements IME et ITEP, Trace(s). Il se passionne pour le corps en mouvement dans l’espace public, réalise images et vidéos autour de ce thème. Il affine son regard et enrichit sa démarche en s’invitant chez des résidents de logements sociaux voués à la démolition à Etampes, Portraits de famille.
C’est cette singularité de son rapport à l’image qui nourrit son travail aujourd’hui, il témoigne de la vie en mouvement sans lyrisme ni affectation. Il se permet de citer Beckett « Le fait est, on dirait, que tout ce qu’on peut espérer c’est d’être un peu moins, à la fin, celui qu’on était au commencement ».
version courte
Photographe professionnel avant de devenir acrobate puis comédien-clown, auteur et metteur en scène, Antoine Dubroux a retrouvé la photographie à travers le chemin du spectacle vivant en invitant des artistes de cirque à partager avec lui leur art. C’est cette singularité du rapport à l’image qui nourrit aujourd’hui son travail.
une histoire
Je suis né photographe, je vois le monde au travers d’un cadre … Un clic c’est dans la boîte.
Ma mère m’a ouvert ce champ du possible à la suite d’une réunion “présentation de métiers” en collège. Nous y apprenons que Photographe c’est un métier. Malgré mon manque d’empathie avec le système scolaire, j’échappe à l’apprentissage. Le hasard des rencontres me mène à Paris. Un jeune coiffeur de mode me coache dans le monde fermé de la photographie et m’installe comme assistant d’un photographe de natures mortes. Je découvre la photographie, j’apprends la vie. 1980 est une des dernières décennies flamboyantes pour la publicité. La parution des magazines est attendue fébrilement par les aficionados de la mode pour y découvrir les nouvelles facéties de Guy Bourdin dans Vogue et les natures mortes de Daniel Jouanneau. On fantasme sur les images de Jean-Loup Sieff. On floute nos photos comme seule sait le faire Sarah Moon, les cancres essayent de copier. Richard Avedon et Irvin Penn sont nos idoles. J’ai 20 ans, trop impressionné par les suédoises d’un mètre quatre-vingts, j’image une photographie à ma pointure et me lance dans la mode enfantine. L’enfant roi a fait sa place dans les pages des magazines et devient support de communication à de nombreuse marques. On ne sait pas encore ce qu’est internet, le courrier nous arrive par la poste. On tape les factures à la machine à écrire. Les coursiers en Vespa sont les rois des rues de Paris. Le téléphone dans la voiture est un luxe qui pèse 3 kg, fonctionne aléatoirement et dit: «Radiocom 2000, ne quittez pas». Le selfie s’appelle encore autoportrait et se réalise avec un appareil photo équipé d’un retardateur. Une dizaine d’images sous le bras, mon book, je fais le tour des rédactions. Les directeurs artistiques vous reçoivent. Certains me font confiance. Première parution, émotion de l’image couchée sur papier glacé. La photographie n’est pas encore numérique. On shoote sur de la pellicule et donnons ces films à développer à un laboratoire, angoisse du développement. Les retouches sont laborieuses, Photoshop n’est pas encore né. Le noir et blanc se fait à domicile. Plaisir de la chambre noire, sa lumière rouge et ses rémanences de produits chimiques. Magie de l’apparition de l’image dans le premier bain, en écoutant Daniel Mermet, encore sur France Inter. L’instantané sait se faire attendre, même le Polaroïd prend son temps pour apparaître.
La rencontre d’une apprentie trapéziste me révèle à un univers de rêves et de fantasmes. Trapéziste ? Un métier qui peut s’apprendre en France, grâce à Annie Fratellini qui créa la première école de cirque en 1972. Jusque là le cirque était une affaire de famille. Les années quatre-vingt-dix sont l’âge d’or du nouveau cirque. Archaos installe son chapiteau de corde sur des terrains vagues dans Paris, avant de venir se faire cuire un steak sous la coupole du cirque d’hiver. Les clowns de tôle s’y battent à la tronçonneuse. Plume poétise le cirque. Barbara Weil monte un cirque de femme dans son cirque de Barbarie. Le cirque du Soleil tente sa première incursion en France, s’y brûle les ailes et attendra 10 ans avant d’y revenir. Le cirque Baroque embauche les jeunes recrues fraîchement sorties de l’école. Le cirque quitte le champ du ministère de l’agriculture pour celui de la culture et l’école nationale du cirque voit le jour à Châlons en Champagne. Quant à moi, j’invite ceux qui le désirent à partager, avec moi, leur art circassien dans un studio photo. Sorti de la piste, je réalise des photos intimes d’acrobates, équilibristes, jongleurs, aériens… Où leur discipline s’exprime dans une expression magnifiée par l’image. Première rencontre avec Manou, contorsionniste qui pose un bras enroulé autour de la tête, rappelant une sculpture de Brancusi ou Gégé, jongleur, et sa boule de cristal sur le front. Bien d’autres circassiens suivront. Des amitiés se noueront.
Quel plaisir l’artiste trouve-t-il à s’exhiber en public ? Quelle sensation cela lui procure-t-il ? L’expérience m’attire. Michel Novack et son cirque des Noctambules m’en donne l’opportunité en me proposant d’assister à ses cours. Me voilà sur la piste, suspendu par un pied à une barre, une merveilleuse jeune danseuse dans les bras. L’attirance pour la ballerine m’a conforté dans l’envie d’approfondir mon apprentissage et de supporter la douleur que procure ce genre d’enseignement. Je m’entraîne à la perche aérienne, une des spécialités de Michel Novack, ancien agrès du cirque traditionnel que nous remettrons au goût du jour avec une approche résolument moderne et sensuelle. De cette union aérienne naîtront deux enfants et une compagnie de spectacle vivant : «L’éPATE en L’AIR Cie». Devenus artiste de cirque, acrobate aérien, scènographe, puis comédien-clown, c’est toujours habité de la passion pour l’image que je me suis investi et m’investis encore dans tous ces nouveaux espaces de création. Je mets en scène des spectacles comme je construis mes images avec rigueur, humour et poésie. «J’enclowne» les gens en les photographiant. D’un seul clic, je cherche à créer de l’émotion sur le public.
en dates
1963 Naissance à Versailles
1981 Obtient un CAP de Photographe option Laboratoire
1983 Un des derniers conscrit, service militaire à Phalsbourg
1985 Premières parutions presse, pour Enfant Mag
1990 Découvre le monde du cirque
1993 Monte sur scène et dans les airs avec Véronique
1996 Part en tournée comme comédien aérien sur le Belem pour fêter ses 100 ans
1997 Crée avec sa compagne la Cie L’éPATE en L’AIR, une dizaine de créations suivront
2003 Met en scène son premier spectacle de cirque, DES CORPS/DECOR
2011 Confirme ses aptitudes dans le domaine du clown
2013 Création d’un duo clownesque avec Fred Pfluger
2013 Construction d’une Yourte spectacle
2017 Initie le projet photo pour l’espace public « Art de toi », plus de 2000 portraits réalisé depuis
2017 Obtient son diplôme d’état : Professeur de cirque
2018 Début d’un projet photographique sur la figure du clown, « Tronches de clown »
2019 Création d’un premier seul en scène, « M. Antoine ou l’honneur de vous instruire »
2020 Se confine plusieurs semaine, comme tout le monde